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Le miroir aux alouettes. La VAR, le piège?

Le miroir aux alouettes était d’abord un ancien objet utilitaire, avant de devenir une expression de la langue française.

            L’objet servait réellement à attirer les alouettes, pour pouvoir les capturer. Le principe est de faire tourner deux ailes en bois munis de petits morceaux de miroir, le scintillement produit par réfléchissement des rayons du soleil attirent les oiseaux. Deux modèles existent. Le premier inventé à la fin du XVIIe siècle est simplement constitué avec un pied en bois qui se plante dans le sol. Il est nécessaire de tirer une ficelle passée dans une cheville pour le faire tourner. Un autre beaucoup plus sophistiqué, dans le socle, un mécanisme multi cranté permet de le remonter comme un ressort à l’aide d’une clef. Les alouettes venaient se poser à proximité, et le chasseur les capturaient à l’aide d’un filet… comme le fond encore certains pécheurs, ou tiraient dessus avec un fusil ! Mon miroir aux alouettes, celui en photo tourne plus de 45 minutes… hypnotisant les oiseaux comme le feraient un écran de télévision sur des téléspectateurs pendant toute la durée d’une première mi-temps !

            Pour sa part, l’expression n’apparait qu’au milieu du XXe siècle. Elle est passée dans le langage courant pour exprimer un piège ou un leurre, mais aussi une illusion, un dispositif trompeur, de la poudre aux yeux, une chose séduisante mais trompeuse…

Je trouve cet objet populaire du XIXe siècle fascinant et esthétique, et l’expression extrêmement illustrative. Paradoxalement l’objet était utilitaire, permettant de se nourrir les Hommes, et au contraire l’expression manifeste une dimension totalement superflue. Le titre VAR ? Le miroir aux alouettes de mon troisième ouvrage met en avant cette illusion…

Dans mon univers, la vidéo assistance peut être perçue comme un véritable miroir aux alouettes. Le VAR ne sommeille jamais, les images défilent en permanence pour parfois piéger les footballeurs qui jouent avec le feu et les règles. Cette VAR berne surtout les spectateurs pris en otage, devant un spectacle haché menu, avec des décisions arbitrales retardées et des émotions différées. Une VAR prometteuse de lendemains meilleurs, cautionnant l’illusion d’une équité sportive…

Mais d’un match à l’autre, l’assistance vidéo a montré ses limites et les incohérences de sa mise en pratique. La fiabilité de cette pseudo technologie est remise en question, notamment pour juger d’une position de hors-jeu. Dans ce cas, la VAR est dépendante de la dextérité d’un opérateur pour caler la bonne image dans un laps de temps réduit. L’assistance vidéo à l’arbitrage révèle les limites de l’interprétation humaine, d’un ou deux assistants devant leurs écrans de vidéo. Leur accorder plus de temps ne donne pas l’assurance d’une meilleure interprétation des actions litigieuses et les polémiques sont toujours aussi récurrentes.

Quand personne n’a rien vu à vitesse réelle, quand aucun acteur au cœur du jeu n’hésite pour continuer à jouer, parfois le VAR réagit. Il interpelle l’arbitre après de longues secondes en bafouant l’esprit de jeu. Le VAR demande de ne pas reprendre le jeu et, après de longues dizaines de secondes, la sentence aléatoire tombe : la décision initiale de l’arbitre était erronée. Plus question de justice sportive ; certains acteurs se sentent floués, trahis par cette VAR censée corriger uniquement les erreurs manifestes de l’arbitre. En réalité, elle propose une interprétation des lois à géométrie variable, rajoute de la confusion et génère un sentiment d’injustice plus fort qu’un arbitre qui commet une erreur.

Cette VAR ressemble à une illusion de justice, un vrai miroir aux alouettes qui tourne pendant tout le match et attire, non pas les oiseaux, mais les acteurs et les téléspectateurs dans ses filets. Cette illusion est également entretenue par la magie des statistiques. Quelles que soient la compétition et la communication de la part des dirigeants responsables, le bilan appuyé par des statistiques (dont nous n’avons jamais le détail) reste positif. Selon les pourcentages, il y a moins de décisions erronées de la part du corps arbitral grâce à la VAR. Pourtant, la réalité questionne ces chiffres…

La FIFA, depuis l’introduction de la VAR, présente un bilan ultra positif avec 99 % de bonnes décisions du corps arbitral. Sous le couvert de statistiques de républiques bananières, la FIFA tente de nous faire avaler des couleuvres. Elle s’évertue à faire croire à la résolution de la quadrature du cercle : réussir à rendre le football plus dynamique, augmenter le temps de jeu effectif pendant 90 minutes avec toujours plus de vidéos interrompant le jeu. Sous prétexte de justice, la VAR, insidieusement, change le foot. D’abord son rythme, mais aussi l’esprit du jeu. Pour faire simple et court, il est possible de dire comme, Yohan Micoud (Cahier du football), que Michel Platini avait raison. Il s’est toujours opposé à l’introduction de la technologie qui risquait de transformer le football en un autre jeu.

Pour Michel Platini, l’illusion de la justice sportive est d’abord intimement liée à l’illusion de l’image. Au début de l’histoire du football, il n’y avait pas d’arbitre, puis un au centre, deux sur les côtés, et ensuite la télévision est arrivée et c’est elle qui a prétendu pouvoir aider les arbitres. Mais c’est une illusion. Je sais tout cela depuis longtemps, parce que j’ai joué devant les caméras. Je me souviens de Thierry Roland ou de Jean-Michel Larqué qui hurlaient « penalty sur Platini ! » alors que le défenseur m’avait à peine touché. Et d’autres fois, je me faisais arracher la jambe et Thierry ou Jean-Michel n’avaient rien vu. Le football, c’est un sport physique de contact. Toucher, ce n’est pas forcément faire faute (L’Équipe du 29 août 2018).

La VAR est un véritable miroir aux alouettes. La promesse d’une plus grande justice sportive vacille. Le résultat final du match est impacté par les décisions du VAR comme en atteste la finale de Coupe du Monde 2018. La décision de l’arbitre, qui ne semblait pas vraiment erronée, est corrigée. Le match bascule sur une décision du VAR ; l’acteur dissimulé des coulisses est devenu l’acteur principal. Ce jeu est devenu VAR – dépendant.

La dimension technologique est un véritable miroir aux alouettes dépendant uniquement des décisions d’intervention, ou non, du VAR. La célèbre formule de Lucien Mias (international français de rugby, 29 sélections entre 1951-1959) : « L’arbitre, c’est comme le vent et la pluie. Il fait partie du jeu. Il faut faire avec. » peut se transformer aujourd’hui en nouveau slogan : « La VAR, c’est comme le vent et la pluie. Il fait partie du jeu. Il faut faire avec ! »

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