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 / Histoire des lois du jeu  / Et si on modifiait vraiment les règles du football ?

Et si on modifiait vraiment les règles du football ?

L’objet de cet ouvrage est d’étudier les perspectives de transformation des règles du football.

Depuis plusieurs années, anticiper et réfléchir au football de demain anime les plus hautes instances du football. Tout semble en place, pour que les années 2020, symbolisent une ère de transformations sans précédent. Pour poursuivre cet ambitieux challenge d’un football plus attractif, plus prolifique et plus spectaculaire, la FIFA s’est trouvée un véritable ambassadeur, Marco van Basten, nommé en novembre 2016, directeur de la division du développement technique de la FIFA.

Pour redynamiser le football, il privilégie donc les expérimentations et souligne l’importance « d’apprendre des compétitions et de voir comment les joueurs, les entraîneurs, les arbitres et aussi le public perçoivent ces nouveautés. Leur feedback est essentiel dans le processus décisionnel susceptible d’aboutir à des modifications des Lois du Jeu. » (FIFA.com 19 mai 2017)

Il a ainsi envisagé plusieurs options pour faire évoluer le jeu. Les premières concernent l’introduction du « shoot-out », l’abolition du hors-jeu et l’exclusion temporaire.

Ces propositions présentées comme innovantes, ne le sont en réalité pas vraiment. En effet, elles apparaissent antérieurement dans les archives du Board, seule institution en mesure de modifier les lois du jeu.

Le Board, prend son temps pour autoriser les expérimentations et éventuellement entériner les changements. Les débats se prolongent ainsi parfois sur plusieurs décennies. Et face à la lenteur du processus, l’hypothèse retenue est que parmi les multiples demandes de transformations des lois du jeu, certaines finiront par aboutir, invitant ainsi à un examen minutieux des propositions déjà faites au Board depuis 1886.

Ainsi, les prochaines modifications ont toutes les chances d’avoir déjà été soumises au Board, comme par exemple la tentative de rendre tous les coups francs directs, jouer un coup-franc sans mur, d’utiliser cinq remplaçants, de faire adopter la règle des « 10 mètres » du rugby pour toute contestation, diviser le temps de jeu en quart-temps, réduire la zone d’application du hors-jeu, instaurer l’expulsion temporaire, jouer les touches au pied…

Le football est avant tout un jeu, mais il est surtout ici considéré à la fois comme un sport et un spectacle. Les perspectives de transformation des règles du football sont envisagées dans la perspective de favoriser les émotions. Pour rendre plus attractif le spectacle, une sorte de consensus semble se dégager pour retrouver, conserver, ou rechercher une plus grande fluidité du jeu. Le ballon doit vivre le plus possible, en limitant le nombre des arrêts de jeu. Une volonté affichée par les membres du Board qui s’est matérialisée par exemple par une réduction progressive du champ d’application de la loi du hors-jeu ou l’introduction « des ballons multiples » en 1995.

En dépit de ces changements, le temps de jeu effectif reste toujours faible. Comme au début des années 90, il est toujours compris entre 50 et 60% du temps de jeu. La moyenne est à 55% pour 35 compétitions européennes observées entre juillet et novembre 2018, et seule la Ligue des Champions offre un spectacle qui atteint les 60% de temps de jeu effectif[1].

De plus marquer un point reste toujours un exploit et une caractéristique distinctive du football. La faiblesse de la marque est, pour Christian Bromberger[2], une des causes qui ne permet pas à ce sport de s’imposer aux Etats-Unis. En comparaison avec les autres sports-collectifs, trop de parties se terminent par un match nul, souvent sans but, « sans que la victoire ne permette la résolution de la tension»[3]. Rendre le jeu plus dynamique, signifie aussi un jeu plus attrayant, plus attractif. Si le match devient spectacle et source d’émotions multiples, des ingrédients deviennent indispensables : des actions de but nombreuses, des buts lors de chaque mi-temps, des gestes spectaculaires et des acteurs qui communient avec leurs supporters. Pour sublimer le spectacle le règlement doit bénéficier à l’attaquant afin d’augmenter le nombre d’actions offensives.

Pour parvenir à cet objectif, il sera nécessaire de modifier vraiment les règles du jeu. Dans cette optique, cet ouvrage retrace les propositions de transformations déjà explorées par le Board. Cette plongée dans les archives de cette institution permet d’analyser les diverses expérimentations autorisées par celle-ci. Soixante-cinq demandes d’expérimentations des lois du jeu ont été repérées dans ces archives, dont cinquante ont été acceptées par le Board. Mais très peu ont été suivies de modification des lois du jeu. Parmi les lois les plus expérimentées, on retrouve le hors-jeu (loi XI), la rentrée de touche (loi XV) et les coups francs (loi XIII).

Pour présenter les nombreuses tentatives de modifications de lois, l’organisation de cet ouvrage s’appuie sur la classification de Stanley Rous[4]. Ce dernier réorganise les lois du jeu en 1937, avec une classification comprenant 17 lois du jeu, qui est toujours en vigueur aujourd’hui. De plus les propositions envisagées sont classées, dans un ordre chronologique. Ce cadre méthodologique précis permet d’attribuer la paternité d’une proposition au bon acteur de cette passionnante histoire.

Dans un second temps, cet ouvrage retrace les suggestions de modifications des lois du jeu formalisées par les acteurs du football. Des anciens joueurs, comme par exemple Michel Platini ont proposé de réduire le nombre de joueurs pour permettre au jeu de redevenir plus spectaculaire.  

 Les perspectives d’évolution peuvent également s’inspirer de règles opérantes dans d’autres sports collectifs. Les évolutions spectaculaires récentes des lois du jeu de différentes activités collectives (rugby, basket, volley-ball), ou individuelles (tennis de table), expriment une forme de dynamisme et font passer le football pour un sport conservateur, le Board pour une institution traditionnelle, voire rétrograde.

 Des propositions concrètes présentes dans les archives du Board, confirment la pertinence de ce regard croisé. L’expérimentation déjà réalisée au football, de la « règle des 10 mètres » au rugby dans le cas d’une contestation, en est une parfaite illustration.

Notre étude comparative, est une véritable source de perspectives envisageables pour rendre le spectacle plus attrayant. Il est ainsi possible d’envisager d’autoriser les remplaçants pendant le jeu comme au handball, promouvoir une extension de la règle de l’avantage comme au rugby, instaurer la règle des fautes collectives comme au basketball ou au futsal, d’instaurer le « jeu passif » comme au handball ou encore la modification de la marque comme au rugby…

Ces modifications peuvent paraitre utopiques, mais les changements récents au volley-ball, caractérisés par une modification radicale de la marque et l’apparition du rôle du « libero » étaient aussi difficilement prévisibles.

Enfin, le dernier chapitre de cet ouvrage est consacré à 10 propositions concrètes de transformation du règlement, pour redynamiser le football. Des propositions souvent inédites, qui n’apparaissent pas dans les archives du Board, mais qui respectent les principes organisateurs du règlement. Parmi, nos propositions nous pouvons retenir : la réduction du nombre de joueurs, l’agrandissement de la surface de réparation, la sanction pour les mains non intentionnelles…


[1] Observatoire du football (CIES), la lettre hebdomadaire du 3 décembre 2018.

[2] Bromberger, C. (1998). Football, la bagatelle la plus sérieuse du monde. Bayard , p. 44.

[3] Elias, N. & Dunning, E. (1994). Sport et civilisation. La violence maîtrisée. Editions Fayard, p. 68.

[4] Sir Stanley Rous (1895-1986) : arbitre international (1927-1934, 36 matchs) ; secrétaire de la Fédération Anglaise de football, la Football Association (1934-1962) ; 6e président de la FIFA (1961-1974).

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