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Pour ou Contre la VAR. Le point de vue de Tony Chapron.

CONTRE la VAR, il dresse un réquisitoire contre la vidéo par le biais de sept questions. 

La parole d’un arbitre, acteur essentiel du jeu trop souvent silencieux, est précieuse. Avec plus de 500 matchs arbitrés en professionnel, cet ancien arbitre international, « Enfin libre ! », nous permet de rentrer dans les coulisses de l’arbitrage. Il nous livre une analyse sur la vidéo assistance qui ressemble étrangement à un miroir aux alouettes. Il souligne à raison, que s’opposer à la vidéo, surtout après l’usage si bénéfique (pour l’équipe de France) de celle-ci lors de la coupe du monde en Russie, relève de l’outrage à la deuxième étoile sur le maillot bleu !

Le chapitre 6 (pages 259 -270), de son ouvrage publié en septembre 2020, Enfin Libre. Itinéraire d’un arbitre intraitable (Arthaud Poche), est consacré à « La vidéo comme solution miracle ». Dans l’art du contre-pied, plus subtil que le tacle glissé dont j’étais et je reste adepte, Tony Chapron questionne l’utilisation de la vidéo, et notamment le rapport entre football et télévision. Pendant plus d’un siècle le football est un spectacle… réservé aux spectateurs. Mais aujourd’hui « Le football est donc passé d’un spectacle à un télé-spectacle ».  Pour cet éclairage et pour notre plus grand plaisir, Tony Chapron passe la Vidéo au jeu de la vérité et des sept questions !

« La vidéo va-t-elle éradiquer la contestation ? » Non ! 

Tony Chapron illustre avec les matchs de la Coupe du monde 2018 et notamment Brésil – Suisse et la finale France- Croatie… « Huit joueurs croates entourent l’arbitre pour contester cette décision (de penalty prise en faveur de la France) à partir de la vidéo. Il en avait été de même après le penalty obtenu par la France lors de son match contre l’Australie ». 

La vidéo va-t-elle éradiquer la polémique ? Non !

Non pas du tout, car « C’est d’ailleurs là l’une des spécificités du football : l’arbitrage est essentiellement basé sur l’interprétation des règles et des contacts entre les joueurs. Certains sports sont plus adaptés à l’usage de la vidéo. En effet, les décisions y sont souvent pour la plupart binaires. Le tennis illustre parfaitement. La balle est en dehors du terrain ou pas. »

« Dès lors que l’action implique des individus, le jugement est plus complexe et nécessite une part d’analyse, de ressenti et de contextualisation ». 

« Lors des stages d’arbitres on nous passe régulièrement des images de situations de jeux, l’objectif étant d’uniformiser les décisions. Nous disposons de tablettes pour donner notre point de vue en votant sans concertation sur la base des images proposées. On pourrait présumer qu’en qualité d’experts, les décisions sont unanimes puisque prises à partir des mêmes images. Or il n’y a quasiment jamais de consensus sur une décision un tant soit peu complexe (Dans certains cas les pourcentages sont proches du 50–50). Preuve que le jugement humain est toujours une affaire de ressenti est par essence imparfait. Tout comme le jeu est un équilibre imparfait, puisque je vais par des hommes qui commettent des erreurs ».

La vidéo est-elle l’assurance d’une juste justice ? Non !

Sa réponse est négative, en effet, le protocole mis en place pour la VAR ne concerne que quatre cas !  Son illustration reprend l’exemple du coup-franc accordé à la 18e minute à la France lors de finale de Coupe du monde sur une faute qui n’existait pas sur Antoine Griezmann (1er but de la France !). Sur ce même match Tony Chapron se questionne sur une justice qui serait différente en fonction du score. Avec une main croate de Domago Vida non sifflée et non checkée alors que la France menait déjà par quatre buts à un !

« Si l’on doit tout revoir, tout est construire pour tout rejuger, le jeu n’a plus de sens. Car toutes les actions sont susceptibles d’être revues, corrigées et rejugées. Une spirale sans fin ».

« C’est donc la finitude de l’homme que l’on questionne. Pour pouvoir avancer, il nous faut affronter les aléas et les dépasser sans quoi nous sommes condamnés à l’immobilisme. Vouloir tout rejuger jusqu’à la perfection conduit à s’interroger sur notre perception de la justice qui, par définition, est humaine donc imparfaite ». 

La technologie est-elle infaillible ? Non !

Tony Chapron répond par la négative notamment s’appuyant sur le fiasco de la goal-line technology lors de la saison 2017-2018. Il souligne, et c’est un comble, que c’est « un homme qui vole au secours de la machine », en faisant référence au trigger manuel de la société GoalControl ! Il révèle aussi que lors des expérimentations de la VAR « dans plusieurs rencontres il est arrivé que les images ne soient plus disponibles pour les arbitres dans le car-régie ou bien que le dispositif de quadrillage terrain pour juger le hors-jeu soit inopérant pendant plusieurs minutes ». 

L’image est-elle neutre ? Non !

Comme l’écrit Pierre Bourdieu, « de fil en aiguille, la télévision qui prétend être un instrument d’enregistrement, devient un instrument de création de réalité. On va de plus en plus vers des univers où le monde social est décrit- prescrit par la télévision ».  (Raison d’agir Editions 1996 p 21)

« On peut légitimement s’interroger sur la neutralité de celui qui filme et choisi les images à montrer (ou pas). C’est une discussion avec un rédacteur réalisateur de programme sportif qui m’a amené à cette réflexion. Il me disait en effet qu’en « fonction de mon choix d’image, je peux décider de montrer qu’un joueur est hors-jeu ou pas ».

Ainsi Tony Chapron se questionne donc sur « la justice parfaite que l’assistance vidéo nous fait miroiter » … oui un vrai Miroir aux alouettes !

Quels changements pour les arbitres ? 

Tony Chapron s’interroge sur la sérénité des arbitres. « Après qu’une de leurs décisions aurait été invalidée par la vidéo, ont-ils la même assurance pour en prendre d’autres, difficiles dans la suite du match ? »

Avec ou sans vidéo, quel respect pour les arbitres ? 

La consigne pour les assistants et de ne sanctionner que les hors-jeu très évidents, en cas de doute la vidéo corrigera à la fin de l’action notamment s’il y a but.

« Voilà qui est problématique car, au-delà de la symbolique, se pose une question concrète : si l’arbitre assistant dans le doute, laisse les choses se poursuivent et que le ballon sort en corner, il n’y aura pas de recours à la vidéo puisqu’il n’y a pas de but. Mais si, sur le corner, il y a but, celui-ci sera validé ? Drôle de notion de magie sportive que d’inciter les assistants accroît les risques d’erreurs ? »

Oui une illusion de justice sportive et une vraie prémonition… en effet c ’est ce qui s’est passé lors du match Leipzig- Paris Saint-Germain sur le second but parisien le 19 octobre 2021). Et le comble c’est que ce but parisien a été accordé grâce à la VAR !

Aucun doute Tony Chapron se prononce contre la vidéo

 « Même s’il nous est arrivé de faire des erreurs, nous les avons faites dans l’instant, avec nos certitudes et nos doutes, nos convictions et notre courage. Et notre imperfection »

Comme une coïncidence heureuse, la carrière de Tony Chapron, se termine brutalement en janvier 2018, lorsque le contrat de la goal-line technology est dénoncé par la Fédération… après 14 incidents, et deux mois avant la légalisation de la VAR par le Board. Une grande aventure aux quatre coins du monde sans la VAR ! Bravo Monsieur l’arbitre.

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